lundi 6 septembre 2010

Shidín

Au mois d'août, nous avons eu l'occasion de visiter notre coordinateur Marcial Rumay dans la communauté Shidín. Pour arriver chez lui, il faut marcher un peu plus d'une heure à partir de la capitale du district de Jésus, dans le département de Cajamarca, en montant vers la montagne.
À plusieurs reprises, Don Marcial nous avait informés des difficultés auxquelles il était confronté — en tant que coordinateur et bibliothécaire — concernant la baisse de lecteurs, en raison de la présence d’Internet.
Pour nous, en regardant ça d’une certaine distance, cela faisait partie du processus de l'électrification rurale et, à vrai dire, nous n’avions jamais vraiment pris cette situation au sérieux.
Même maintenant, que nous avions entendu dire qu’il y avait de l'électricité à Shidín ... Nous pensions alors que les étudiants allaient dans des cabines Internet pour faire leurs travaux d'école ou pour jouer avec ces machines qui attirent tant l'attention.
Lors de notre promenade, Don Marcial a eu l’occasion de mieux nous expliquer ce qui se passe dans sa communauté.
Un plus haut, aussi à Shidín, quelqu'un a réussi à obtenir des panneaux solaires et des ordinateurs. Apparemment, ceux-ci faisaient partie d'un projet pour le village, mais finalement, ils ont fini par être utilisés pour un usage personnel. Les jeunes utilisent maintenant ces ordinateurs pour regarder des films qu’ils achètent dans les marchés de DVD pirates. C’est ainsi que très peu sont ceux qui souhaitent continuer de lire : Rambo, Schwarzenegger, Jean Claude Van Damme et Jackie Chan sont beaucoup plus attrayants!
Cela signifie que Marcial
comme nous tous devons redoubler d'efforts pour encourager la lecture dans nos communautés, pas seulement afin de lutter contre l'aliénation, mais plutôt pour consolider la voie de la libération et de la lecture critique.
Vous allez voir vous, Rambo et autres blancs-becs, qui est Don Marcial Rumay...

L'Assemblée générale !

Don Sergio Diaz est arrivé! Il s’est levé très tôt pour nous aider à régler certains petits détails au local. Aussi, Don Javier Huaman, notre coordonnateur général, est venu finaliser la préparation de l'Assemblée et recevoir les autres compagnons.
Voici arrivé don César Eladio; Jovi et Oswaldo, de 16 et 14 ans, arrivent eux aussi tout juste (ils ont dû marcher pendant un jour et voyager pendant un autre jour pour arriver jusqu’ici); ce sont les fils de notre collègue Monténégro Leodán, du domaine de Pion...
C’est ainsi qu’arrivent les coordinateurs, les uns après les autres, tous joyeux et heureux de se retrouver et de parler de sujets qui seront discutés à l’Assemblée; tout aussi unis, apprenant aussi en « minga » (à travers le travail collectif), comme le dit Alfredo.

Et la fête commence :

Les étreintes, les salutations et les questions sur nos familles.
Arrivent aussi les contributions pour le « plat en commun » (semblable au « potluck » américain) : la ñuñita (type de haricot andin) de Mme Clara, les pommes de terre de Don Oscar, le maïs de Don Antonio...
Le brouhaha au moment de l'échange de livres déjà lus ou un peu abîmés pour un usage permanent; l’introduction de nouveaux livres fraîchement imprimés pour qu’ils retournent du lieu où ils sont nés...
Les réunions sont les moments privilégiés où nous prenons connaissance de la situation des communautés et des bibliothèques, où nous nous racontons nos joies et nos peines accumulées au cours des derniers mois d’absence.
Ces réunions sont aussi le moment de suivre des formations en groupe, de parler de ses lectures, de faire la conversation; des moments de célébration pour remercier la terre, les montagnes et les chers disparus; le moment de débats et de décisions importantes pour voir comment continuer à avancer...

Nos assemblées sont tout cela et bien plus encore.
Cette réunion, organisée à notre local central, les 27, 28 et 29 août, a été rendue possible grâce au soutien de quelques amis de notre Réseau, qui se soucient de nous aider à répondre au besoin de se réunir de temps en temps pour évaluer notre travail, nous former en équipe et nous fixer de nouveaux objectifs.

Un besoin qui est très difficile à réaliser en raison des difficultés économiques auxquelles nous sommes confrontées –pour la simple et bonne raison que nous sommes auto dépendants—, mais qui ne nous empêchent pas de maintenir l’espérance que nous pourrons bientôt nous retrouver. Merci donc à tous ceux et celles qui ont rendu possible, une fois encore, cette rencontre!

vendredi 3 septembre 2010

Un autre membre de la Red


Il ne se repose jamais, même quand il s'arrête. Il est si adapté à vivre en plein vol, que ses petites pattes lui permettent à peine marcher. Ainsi, même de petits changements de position, lui demande un moment de vol.
Il vit avec un cœur sur-dimensionné: il a 28,5 pour chaque mille de son propre poids, comparativement à, par exemple, une colombe, dont le cœur pèse 9 pour pour chaque mille de son propre poids.
Il y a peu de cela, quelqu'un me demandait: quel succès aurait un coureur professionnel qui pourrait atteindre une vitesse de 150 km/h? Pour atteindre un tel exploit, il  devrait avoir, dans ses jambes, une vitesse de propulsion de 40 chevaux vapeur !

Plus de 40 fleurs par heure reçoivent la visite de ce frère, en raison de sa vitesse de vol. Lorsque qu’il arrête en plein vol pour extraire le nectar des fleurs ou gober des insectes, il peut donner environ 100 coups d’aile par seconde. Et quand il est en amour, ce chiffre grimpe facilement à 200 par seconde! 

Au Pérou, il est connu sous le nom de quinde (du quechua « qenti »); hummingbird, en anglais, colibri, oiseau-mouche, en français; luli, luri, lorenzo, ch'amo Miski et chhiruchhiru, en aymara; picaflor, chupaflor, zumbador, tentenelaire, gorrión, chupamirto o colibrí en espagnol; ou huitzitzil, en nahuatl, etc, etc.
"Cholito" vit ici, dans les jardins de notre bureau central; il va et vient et fait ses devoirs chaque jour avant que le jour se pointe jusqu’à ce que le soleil se soit couché.

Brûlures

Depuis la nuit des temps, nos ancêtres prenaient en considération ce qu’ils appelaient le « temps rupa » (le temps du feu ou le temps de brûler). Le « Rupa Wichay Jalcata » (le temps du feu dans le ciel), qui avait lieu en août, avait pour but d’invoquer la pluie, de faire peur au gel ou d’appeler les nuages, pour qu’ils baissent leurs regards et prennent en pitié les régions sèches, pour qu’il commence à pleuvoir.
On concentrait principalement les feux dans de grands espaces de la lande, où ils ne pouvaient affecter personne.
Cependant, à plusieurs endroits, le sens de ce rituel a commencé à s’altérer, car aujourd’hui, on brûle partout et sans aucune considération, affectant les cultures et près de zones à risque.
Les jeunes de la ville se rendent dans les collines de la région quichua et vont jusqu’à apporter des pneus pour commencer leurs incendies.
La tâche nous revient alors d’aller parler de ces problèmes dans nos communautés et de voir ensemble comment nous pouvons les résoudre.

Apu Yanahuanga


En route vers Jadibamba – tout en haute de la jalca – on peut voir le côté nord-est de l’Apu Yanahuanga, l’imposant sommet de cette montagne sauvage, tellement présent dans les tableaux des maestros guérisseurs et dans leurs rituels pour prendre soin de la terre.
L’ Apu Yanahuanga (qui signifie : "Le grand esprit pétrifiée de couleur noire") ne permet pas qu’on s’approche très près de ses limites: le vent souffle fortement, ses pentes boueuses dissuadent le visiteur, le brouillard obstruent, les chemins s’enchevêtrent ... Mais avec tant de générosité, elle offre ses plantes médicinales, ses grands remèdes,… lorsque le cœur, reconnaissant, bat en paix. 
Que deviendra-il? Actuellement, le Yanahuanga est menacé de déprédation de la part de compagnies minières.
Incapables de comprendre l’énorme valeur de la terre, en tant que bien sacré, leur désir de détruire est plus fort que la valeur que représente la vie dans des espaces comme celui-ci; et encore moins les liens essentiels et vitaux qui existent toujours entre la terre et les gens.

vendredi 27 août 2010

Bientôt, nous aurons l'Assemblée générale


L'Assemblée a toujours été l'expression de l'autorité ultime dans nos collectivités. Et elle l’est également dans notre Red. 

Coordonnateurs comuneros, bibliothécaires, lecteurs et bénévoles des bibliothèques rurales se réunissent pour partager leurs expériences, faire le point sur les progrès réalisés, planifier ensemble et célébrer leur parcours.

Rien n'est décidé par majorité ou comme l’entendent les autorités: le consensus prédomine. Nous devons nous mettre tous d'accord ou nous ne prenons pas de décision. Le travail est plus facile qu'on ne le pense quand une seule voix incarne les débats.

Minga à la centrale

En vue de notre Assemblée générale, une minga a été organisé au bureau central.
La minga est une forme de travail bénévole et collectif; elle inclut aussi la joie d'être ensemble, sachant que nous faisons quelque chose pour les autres, pour les nôtres. Pour nous-mêmes, en tant que collectivité.
Et, au centre d’échange des livres, situé à notre siège social – où se préparent les livres qui s’en vont dans nos bibliothèques, en province — il y a toujours beaucoup à faire.
Notre gratitude à chacune et chacun de ceux qui ont été présents, en particulier aux enfants, dont l'esprit nous convainc que cette voie, bien qu’encore nouvelle, est la correcte à suivre.

jeudi 19 août 2010

Bibliothèque rurale à La Casita



Hortensia Villar Aquino a été choisie comme nouvelle bibliothécaire rurale de La Casita, dans la communauté de Pomabamba, secteur de Jesús, province de Cajamarca.
Dans une cérémonie joyeuse et avec un vif intérêt, les livres ont été accueillis.
Les enfants et adultes, hommes et femmes de la communauté, ont reçu le premier lot de livres à lire et partager.
Bien que Pombamba ait déjà une de nos bibliothèques rurales dans cette zone, la concentration de comuneros et l’intérêt des enfants qui participent à l’École paysanne alternative, les a motivé à solliciter nos livres et maintenant, ont commencé ce parcours de lecture.

Jadibamba

La communauté de Jadibamba est si élevée que les étoiles ont l’air plus grandes.
Nous nous sommes arrêtés là où le vent nous fouette et le froid, fait trembler, lisait-on.

Ici, on trouve Marcial Huamán pour motiver aux autres membres de la communauté. Ici, on retrouve Apolinar Huamán Molocho qui a appris à signer et écrire son nom et qui nous dit aujourd’hui : « Le livre vient, le livre soutient. »

Ici, nous retrouvons la généreuse école de ceux qui ne se rendent pas, de ceux qui célèbrent la vie encore malgré le fait qu’ils souffrent le harcèlement constant des compagnies minières, affairées à détruire cette terre extraordinaire, riche en pommes de terre, en semences uniques, et en cultures qui repoussent toutes les limites.

Ici, on trouve Marcial qui marche, motivé par sa femme et ses enfants, apportant des livres à plus d’une douzaine de communautés voisines, se convainquant ensemble qu’en lisant, la mémoire et l’unité se construisent, se renforcent.

Helen et Kate avec nous

Sara Heery vit avec nous. Elle n’est pas au panthéon de ceux qui sont parties, mais bien dans l’esprit de ceux qui restent.

Ce séjour solidaire accompagne les parcours de ceux d’entre nous qui croient qu’un monde plus juste et fraternel soit possible.

Après le départ de Sara, sa sœur Helen et toute sa famille ont accompagné le Réseau. Et maintenant, nous avons eu la chance d’avoir la visite d’Helen et son amie Kate Bullivant.

Au cours de ce séjour, nous avons eu l’opportunité de visiter les bibliothèques dans le campo, converser avec les membres du bureau central et avec les bibliothécaires, lire avec les enfants, inaugurer une bibliothèque rurale, échanger entre nous en préparant le matériel de lecture, apprendre à préparer le pisco sour, faire notre offrande à l’Apu Qayaqpuma et trinquer aux souvenirs et au futur. Merci pour votre présence, chères sœurs, compagnes.

jeudi 13 mai 2010

Noam Chomsky sur la manipulation médiatique

Le linguiste Noam Chomsky mentionne 10 stratégies de manipulation des médias qui sont dignes de prendre en considération. Voici ici la neuvième et dixième de ces stratégies :

9. Renforcer l'auto-culpabilité.
Faire croire à l'individu qu’il est le seul coupable de son propre malheur, en raison de l'insuffisance de son intelligence, de ses capacités ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se rebeller contre le système économique, l'individu s’auto-invalide et s'accuse, ce qui génère en lui un état dépressif dont l’un des effets est l'inhibition de son action. Et, sans action, il n'y a pas de révolution !

10. Connaître les individus mieux qu’eux-mêmes se connaissent.
Au cours des 50 dernières années, la progression accélérée de la science a généré une brèche croissante entre les connaissances du public et ceux-là possédées et utilisés par les élites dominantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le « système » a joui d'une connaissance avancée de l'être humain, tant au niveau physique que psychologique. Le système a réussi à mieux connaître l'individu que celui-ci se connaît lui-même. Cela signifie que, dans la majorité des cas, le système exerce un plus grand contrôle et un grand pouvoir sur les individus, plus grand que celui des individus sur eux-mêmes.


lundi 13 octobre 2008

Bibliothèque rurales en Colombie


La lettre d’Adriana Betancur, chef du Département de bibliothèques de COMFENALCO disait :


Notre travail et raison d’être, nous les mettons au service des communautés au milieu de livres, de revues, d’Internet et d’information locale pour fortifier les relations de voisinage, où, sur une base quotidienne, nous déballons les projets, les rêves et les conquêtes – bibliothécaires et culturelles – pour tisser des relations de confiance. En tant que manière de continuer à ce travail, de contribuer à la construction de communautés à partir des bibliothèques, de nous approcher d’une manière distincte aux communautés rurales, nous vous sollicitons de nous accompagner du 16 au 18 avril de cette année, pour dicter une conférence et développer un atelier autour du « quoi-faire » des bibliothèques dans des secteurs ruraux pour les bibliothèques, des gestionnaires culturels, les leaders communautaires et les membres des organisations de base qui tissent présentement les plans de développement de la ville.

Ainsi, dans le parc Bibliothèque de Belén de Medellin-Antioquia, Alfredo Mires Ortiz, conseiller exécutif du Réseau, nous entretiendra lors de la conférence « Le livre au sein des fils d’Atawalpa : l’expérience de la Red de Bibliotecas Rurales de Cajamarca, Pérou et il animera un atelier de lecture à partir du tissu communautaire : Conception et méthodologie du “quoi-faire” bibliothécaire dans les zones indigènes et rurales ». Ces deux événements sont organisés par COMFENALCO-Antioquia, la gouvernance de Antioquia et la mairie de Medellín.